
L’EAU ET LE FEU.
Quel été ! Pourri. Le feu partout, en France, Espagne, Sicile… Et près de nous, chez nous. Aquitaine, Bassin, d’Arcachon, Cap Ferret : c’est notre histoire, dans la moindre cellule de notre corps, qui tremble. De peur, de tristesse, de colère. Peur que notre maison brûle, comme tant d’autres, peur de l’irrémédiable constat de la cendre, de l’abîme d’un abandon sans nom. Tristesse devant la destruction des forêts qui ont inlassablement accueilli nos pas sur les traces de nos décennies, notre quête parfois bouleversée d’apaisement, nos inspirations de senteurs résineuses, de lumière d’arbousiers, enchantement depuis l’enfance.
Bien plus encore que tristesse, désespoir face à la mort lente des animaux, des milliers, des millions, qui tentent d’échapper au brasier. Les images figées dans l’impuissance devant une telle souffrance, une telle injustice, et notre cerveau disjoncte. Burn out. Colère. Profonde colère vis-à -vis des vrais responsables de cette tragédie : l’État, le président en exercice, son gouvernement de pleutres, ses hauts fonctionnaires hautains et serviles. Tous ceux qui ont, sans sourciller, coupé dans les budgets vitaux, appliqué des décisions honteuses, manié des éléments de langage méprisants, classistes, spécistes. Tous ceux dont l’activité consiste à détruire la vie au nom du profit.
L’eau des larmes n’éteint pas sans risque le feu de la colère. Pleurer, pour hydrater l’indignation. Bercer le sentiment de perte symbolique, mais veiller à ne pas plonger dans le flot de l’affliction, à ne pas s’y noyer. La sincérité désarmante des larmes signe notre compassion mais, face à nous, le silence du déni, du refus, de la toute puissance, ce silence-là nous met en danger de mort du langage. Y compris celui des larmes. Alors, ne rien attendre, laisser le chagrin s’écouler, l’accueillir, et l’aimer. Remercier la terre, le règne végétal, animal, l’immensité en mouvement. Mais ne rien attendre de notre lutte en faveur du vivant, ne pas générer intérieurement de feu qui consumerait nos ressources énergétiques. Continuer d’avancer, de nourrir notre lien, indéfectible à l’univers. L’équilibre s’avère précaire sous les feux de l’actualité, mais nous nous promettons d’y tendre de toutes les forces de la tendresse en éveil.
Coline Enlart, Rédactrice en chef